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Lundi 2 janvier 2012 1 02 /01 /Jan /2012 21:42

Michel PEYRET


C’est Karl Marx qui le dit à sa façon :

« Au lieu du mot d’ordre conservateur : « Un salaire équitable pour une journée de travail équitable », ils doivent inscrire sur leur drapeau le mot d’ordre révolutionnaire : « Abolition du salariat. »

Ce n’est pas la première fois que nous abordons cette question de l’abolition du salariat, et pourtant il nous apparaît indispensable d’y revenir à nouveau aujourd’hui.

Pourquoi aujourd’hui ?

La crise du capitalisme s’approfondit. Chaque jour, ou presque, l’on nous dit que toutes les dispositions viennent d’être prises, soit nationalement, soit au niveau européen ou mondial, pour en sortir. Chaque jour, l’on nous dit que, cette fois, c’est la bonne : juré, promis, il n’y a plus à y revenir...

Et pourtant, le lendemain...

Le lendemain pourtant, et de nouveau, la crise a resurgi, sous l’une des formes multiples selon lesquelles elle se manifeste, plutôt sous l’une des formes dont on nous dit qu’elle se manifeste...

Tour à tour, c’est ainsi la « crise de l’euro », la « crise de la dette », la « crise des marchés », la « crise des agences de notation », la « crise des banques », la « crise de l’Europe », que sais-je encore...

Mais parler purement et simplement de « crise du capitalisme » est devenu interdit !

Et l’on comprend bien pourquoi ! Car s’il est bien vrai qu’il s’agit bel et bien d’une crise du capitalisme, qui plus est qui ne cesse de s’approfondir, et à laquelle personne ne comprend plus grand-chose, le questionnement prend tout de suite une tout autre ampleur.

C’est tout un contexte historique qui revient à la surface. Un contexte dont ceux qui nous dirigent, les représentants des principales forces politiques, croyaient bien en avoir terminé avec le siècle dernier, lui-même échu !

La crise du capitalisme, cela évoque bien évidemment les alternatives au capitalisme telles qu’elles se seraient exprimées, et telles qu’elles auraient échoué au 20ème siècle...

Le socialisme, le communisme, auraient ainsi échoué et, en conséquence, bien sûr, il ne saurait être question de les remettre à l’ordre du jour, en dépit des efforts de quelques nostalgiques...

Toutefois, il en est, mais il ne faut surtout pas en parler, qui viennent contrarier ces visées réjouissantes de tous les partisans, avoués ou non, du capitalisme...

Ceux-là font la preuve, eux, que socialisme et communisme n’ont pu échouer puisque socialisme et communisme n’ont jamais existé nulle part...

La preuve par Marx lui-même...

Nous en faisons à nouveau la démonstration avec les textes ci-dessous, extraits de « Travail salarié et Capital » et de « Salaire, prix et profit ».(Editions Sociales – 1969)

LA SUPPRESSION DU TRAVAIL SALARIE CAPITALISTE

C’est le titre de « l’Introduction au projet de programme pour le Parti ouvrier français de 1880 ». Ce texte est reproduit pour terminer l’exposé de Marx sur le rapport entre le travail salarié et le capital.

Cette introduction (sous forme de considérants) a été écrite par Marx...Engels considère que c’est « un chef d’oeuvre, comme j’en connais peu, de démonstration frappante qui éclaire en quelques mots les masses et dont la forme concrète m’a plongé moi-même dans l’étonnement. »

Voici cette introduction :

« Considérant,

Que l’émancipation de la classe productive est celle de tous les êtres humains sans distinction de sexe ni de races ;

Que les producteurs ne sauraient être libres qu’autant qu’ils seront en possession des moyens de production (terre, usines, navires, banques, crédits, etc.) ;

Qu’il n’y a que deux formes sous lesquelles les moyens de production peuvent leur appartenir ;

1. La forme individuelle qui n’a jamais existé à l’état de fait général et qui est éliminée de plus en plus par le progrès industriel ;

2. La forme collective dont les éléments matériels et intellectuels sont constitués par le développement même de la société capitaliste ;

Considérant :

Que cette appropriation collective ne peut sortir que de l’action révolutionnaire de la classe productive – ou prolétariat – organisée en parti politique distinct ;

Qu’une pareille organisation doit être poursuivie par tous les moyens dont dispose le prolétariat, y compris le suffrage universel, transformé ainsi d’instrument de duperie qu’il a été jusqu’ici en un instrument d’émancipation ;

Les travailleurs socialistes français, en donnant pour but à leurs efforts l’expropriation politique et économique de la classe capitaliste et le retour à la collectivité de tous les moyens de production, ont décidé, comme moyens d’organisation et de lutte, d’entrer dans les élections avec les revendications suivantes. »

L’ABOLITION DEFINITIVE DU SALARIAT

Dans le même ouvrage, Marx lui-même conclut « Salaire, prix et profit » par les lignes suivantes :

« ...le développement même de l’industrie moderne doit nécessairement faire pencher toujours davantage la balance en faveur du capitaliste contre l’ouvrier et que, par conséquent la tendance générale de la production capitaliste n’est pas d’élever le niveau moyen des salaires mais de l’abaisser, c’est-à-dire de ramener, plus ou moins, la valeur du travail à sa limite la plus basse.

« Mais, telle étant la tendance des choses dans ce régime, est-ce à dire que la classe ouvrière doive renoncer à sa résistance contre les empiétements du capital et abandonner ses efforts pour arracher dans les occasions qui se présentent tout ce qui peut apporter quelque amélioration à sa situation ?

« Si elle le faisait, elle se ravalerait à n’être plus qu’une masse informe, écrasée, d’êtres faméliques pour lesquels il ne serait plus de salut...

« En même temps, et tout à fait en dehors de l’asservissement général qu’implique le régime du salariat, les ouvriers ne doivent pas s’exagérer le résultat final de cette lutte quotidienne.

« Ils ne doivent pas oublier qu’ils luttent contre les effets et non contre les causes de ces effets, qu’ils ne peuvent que retenir le mouvement descendant, mais non en changer la direction, qu’ils n’appliquent que des palliatifs, mais sans guérir le mal.

« Ils ne doivent donc pas se laisser absorber exclusivement par ces escarmouches inévitables que font naître sans cesse les empiétements ininterrompus du capital ou les variations du marché.

« Il faut qu’ils comprennent que le régime actuel, avec toutes les misères dont il les accable, engendre en même temps les conditions matérielles et les formes sociales nécessaires pour la transformation économique de la société.

« Au lieu du mot d’ordre conservateur « Un salaire équitable pour une journée de travail équitable », ils doivent inscrire sur leur drapeau le mot d’ordre révolutionnaire : « Abolition du salariat. »...

« Je conclurai en proposant d’adopter la résolution suivante :

1. Une hausse générale du taux des salaires entraînerait une baisse générale des profits, mais ne toucherait pas en somme au prix des marchandises.

2. La tendance générale de la production capitaliste n’est pas d’élever le salaire normal moyen, mais de l’abaisser.

3. Les syndicats agissent utilement en tant que centres de résistance aux empiétements du capital. Ils manquent en partie leur but dès qu’ils font un emploi peu judicieux de leur puissance. Ils manquent entièrement leur but dès qu’ils se bornent à une guerre d’escarmouches contre les effets du régime existant, au lieu de travailler en même temps à sa transformation et de se servir de leur force organisée comme d’un levier pour l’émancipation définitive de la classe travailleuse, c’est-à-dire pour l’abolition définitive du salariat. »

LE PRODUIT TOUT ENTIER DU TRAVAIL

Toujours dans le même ouvrage, on trouve « Deux articles de Friedrich Engels. »

Le second article, intitulé « La loi du salaire », se conclut ainsi :

« Mais la loi du salaire n’est pas abolie par la lutte des syndicats. Au contraire, on ne fait justement alors que l’appliquer. Sans les moyens de résistance des syndicats, l’ouvrier ne touche même pas ce qui lui revient suivant les normes de la loi du salaire.

« Seule, la crainte des syndicats peut contraindre le capitaliste à accorder aux ouvriers la pleine valeur courante de la force de travail. Vous en exigez une preuve ? Alors, comparez les salaires qui sont consentis aux membres des grands syndicats avec ceux qui sont payés dans les innombrables petites entreprises de ce marais pestilentiel et terrifiant situé à l’est de Londres.

« Donc, les syndicats ne luttent pas contre la loi du salaire. Mais ce n’est pas le salaire élevé ou inférieur qui amène la dégradation de la classe ouvrière.

« Cette dégradation consiste dans le fait que la classe ouvrière, au lieu de recevoir le produit intégral de son travail, doit se contenter d’une partie de la partie qu’on appelle salaire.

« Le capitaliste empoche le produit tout entier parce qu’il est possesseur des moyens de travail et il s’en sert pour payer les salaires du travail.

« C’est pourquoi il n’y a pas d’émancipation possible de la classe ouvrière tant qu’elle ne sera pas en possession de tous les moyens de travail : terre, matières premières, machines, etc., et partant en possession du produit tout entier de son travail. »

NOUS NE PARTONS PAS DE RIEN

Bien évidemment, ces textes n’épuisent pas les apports de Marx et d’Engels s’agissant de l’importance, du caractère indispensable de l’abolition du salariat pour sortir du capitalisme. C’est ce que Marx appelait ailleurs une « tautologie », c’est-à-dire une évidence.

Tout aussi évidemment, les activités humaines continueront à être nécessaires pour produire ce dont les êtres humains auront besoin pour vivre, mais ce sont ces êtres humains qui en décideront eux-mêmes et ce ne dépendra plus alors de règles qui leur seront extérieures, celles du marché capitaliste par exemple.

On peut penser aussi que des formes de revenus seront encore nécessaires pour faciliter les échanges, tout en prenant en compte que les gratuités peuvent se développer.

Nous ne partons pas de rien s’agissant des réponses aux questionnements qui surgissent.

Dans certaines limites, le peuple français, par ses luttes, a pu faire avancer nombre de ses aspirations.

Je viens de parler des gratuités , il en existe déjà dans notre société, on peut certainement en faire grandir le nombre et les domaines concernés.

De même, il existe nombre de revenus qui ne sont pas strictement des salaires, même s’ils dépendent, de même que toutes les richesses produites par notre société, du travail et activités des membres de cette société.

Nous pouvons en citer quelques-uns : bourses et revenus étudiants, congés payés, congés-maladies, allocations familiales, allocations-logement, pensions et retraites, etc. Ce sont des revenus socialisés.

Nombre d’organisations militent, non sans échos, pour la création de revenus d’existence, sous différentes formes...

J’ai déjà eu l’occasion de dire qu’il existait déjà des éléments de communisme dans notre société, même si cela est aujourd’hui nécessairement limité puisque c’est le capitalisme qui est dominant.

N’empêche, je pense important de le montrer, de montrer que ce n’est pas impossible à réaliser puisqu’il en existe déjà des bases réelles.

Le montrer, ce n’est pas, je crois, effacer l’ampleur du changement révolutionnaire qui reste à accomplir pour que le peuple français, et d’autres partout dans le monde, puissent s’engager dans la voie de la construction d’une société communiste.

Michel Peyret

3 novembre 2011

Par BARRICADE21
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Mardi 15 novembre 2011 2 15 /11 /Nov /2011 02:09

A propos du concept de résilience

 

En ce mois de novembre 2011, Boris Cyrulnik, neuropsychiatre et universitaire sera l'invité du salon littéraire de Creil "La Ville aux Livres".


Il est l'auteur de "La résilience", livre paru aux Editions "Le bord de l'eau". Il s'agit d'un entretien sur la transmission de génération en génération. Cette transmission semble nécessaire pour surmonter les douleurs traumatiques des individus. Mais Cyrulnik estime qu'il faut pour cela des conditions particulières à cette transmission qui soient des moins violentes possibles, il faut aussi souvent du temps. Il faut la plupart du temps que la victime du traumatisme puisse s'identifier à un autre que lui-même, à une situation symbolique, que l'art comme le théâtre, le cinéma, la littérature vont offrir comme moyens d'identification libératrice.

Cyrulnik observe grâce à la neuro-imagerie que le milieu, les conditions de vie des premiers mois d'un enfant peuvent avoir un effet sur la formation du système nerveux. Ainsi relevant le cas d'enfants Roumains placés dans des situations de privations affectives et d'isolement sensoriel total dans une institution d'orphelins, il constate l'atrophie de certaines parties du cerveau chez des enfants qui ont été privés de l'accompagnement de parents, et la guérison chez des enfants qui ont pu bénéficier de familles d'acceuil. Cette interaction entre le milieu et le système nerveux constatée grâce aux images fines de l'électronique médicale apporte donc de l'eau au moulin de ceux qui défendent la théorie selon laquelle les conditions sociales influent largement sur le système nerveux de l'individu et donc sur ses comportements. 

On ne contredira pas ici cette observation scientifique qui vient apporter une preuve de l'influence du milieu sur les hommes et donc de la relative liberté qu'ont les individus en fonction de leurs conditions sociales d'existence. Cependant on n'en tirera pas de conclusions hâtives pour déclarer que puisque les pauvres vivent des privations de toutes sortes ils seraient irrémédiablement  exposés aux risques d'une altération du cerveau et donc fatalement incapables d'user de leur intelligence pour transformer leurs conditions d'existence. Au contraire la vie ouvre des perspectives de modification des situations initiales, elle n'est jamais linéaire, elle ouvre un champ des possibles en permanence.

 
Le concept de résilience est à la mode. Il est pratique puisqu'il peut être interprété comme un remède aux douleurs de l'humanité, aux blessures de chaque individu. Qui ne souscrirait pas  à un tel concept ?


Mais pour certains intellectuels comme Serge Tisseron qui a écrit "La résilience" aux PUF il faut rester prudent  quant aux  interprétations et utilisations de ce concept. Après tout, pourraient penser certains  idéologues , si la résilience permet de surmonter les traumatismes, pourquoi ne pas l'utiliser comme une immunologie psychique afin de réparer les dégâts que le système ultra libéral commet sur les individus sans jamais remettre en cause le système lui-même ?

 
L'école deviendrait-elle à terme le champ d'une vaste opération de résilience afin que soient régulées les souffrances que connaît une jeunesse sans perspective, une jeunesse qui de ce fait devient dangereuse pour les classes dominantes ?  (N'assiste-t-on pas à une précarisation et paupérisation massive des jeunes générations et parallèlement à des mouvements radicaux de refus du libéralisme comme celui des Indignés). L'école doit-elle se limiter à être un lieu de régulation sociale au service de la classe dominante et abandonner toute ambition de former des citoyens c'est à dire des acteurs capables de transformer démocratiquement la société  ? Dans ce contexte, le concept de résilience deviendrait-il malgré ses auteurs l' auxiliaire d'une campagne idéologique selon laquelle la souffrance est inéluctable, le traumatisme fatal et que  les hommes si ils en ont la volonté peuvent  se reconstruire grâce à cette résilience ? On sait cependant que la réalité est toute autre, que la reconstruction est le fruit de longs processus, souvent grâce à l'accompagnement empathique de professionnels qui se font d'ailleurs de plus en plus rares pour les milieux populaires du fait de la casse du système de santé et notamment de l'hôpital public. Que cette reconstruction a besoin aussi  d'un entourage affectif et culturel riche en diversité, que l'accès à l'art, à l'esthétique permet de sublimer la souffrance.

 
Et si on osait penser que les hommes peuvent enfin éviter de subir tous ces douloureux traumatismes qui depuis des siècles proviennent de la guerre, de l'exploitation du travail, de la domination  des hommes sur les femmes et trop souvent hélas de la barbarie d'adultes sur des enfants, d' agressions sexuelles ? Et si on inventait un monde libéré de la violence qui est le fruit de rapports de classe privilégiant l'accumulation de richesses matérielles d'une minorité au détriment du développement de l'immense majorité ? Et si l'école devenait un lieu d'épanouissement ayant pour ambition et objectif l'autonomie des jeunes face à tous les pouvoirs. La crise  du capitalisme va chambouler toutes nos représentations : elle démontre que l'accumulation de l'argent fait notre malheur et que ce n'est pas en lui que réside l'avenir de l'humanité. La meilleure thérapie pour éviter les traumatismes c'est la lutte, c'est l'éducation au combat, à la résistance à toute oppression, qu'elle soit familiale, patronale, machiste, sexuelle. Et dans ce combat l'école doit devenir un lieu d'éducation aux plus belles et exigeantes  valeurs de l'émancipation humaine, laïque et progressiste.


Des chiffres inquiétants fournis par des organismes internationaux dont l'OCDE, démontrent que la France a vu décroître la part de son PIB consacrée à l'éducation, et que dans cette régression l'Etat se désengage de plus en plus en faisant supporter l'effort  aux collectivités locales. Ce n'est pas dans une pénurie volontairement organisée pour briser l'école publique afin, entre autres objectifs, de favoriser le marché privé de la formation, que nous pourrons offrir des situations propices à la résilience, à la reconstruction si nécessaire pour des millions d'enfants qui souffrent dès le plus jeune âge de ce système inhumain. C'est au contraire dans une large mobilisation démocratique à l'image des Indignés* et de très nombreuses révoltes citoyennes à travers le monde, s'inspirant des valeurs les plus avancées qui sont celles de la laïcité, de l'égalité, de la démocratie effective et non plus formelle,  que nous donnerons l'ambition à nos sociétés de construire une école de la liberté et de l'autonomie des individus.


Lorsque l'école affirmera que nous sommes faits pour être libres, faits pour être heureux et que le pays offrira les conditions d'un exercice libre et heureux de la fonction éducative, alors la société trouvera le chemin de sa propre résilience. 

 
 
Jean-Paul Legrand
 
N.B : au moment où ces lignes sont écrites, des manifestations d'Indignés se déroulent dans la plupart des pays du monde avec d'importantes mobilisations signalées par des médias alternatifs mais la plupart du temps censurées par les médias officiels. Soulignons celle sans doute qui est la plus symbolique et qui rassemble des milliers de personnes à Wall Street.
Par BARRICADE21
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Mercredi 12 octobre 2011 3 12 /10 /Oct /2011 02:45

Michel Peyret

11 octobre 2011

 

 

 

QUAND KAUTSKY ET BERSTEIN CENSURAIENT ENGELS

 

 

 

Engels, on le sait, a produit, entre autres, nombre d'introductions, notamment à des textes de Marx, ou à des textes qui leur étaient communs.

 

Mais il est rare d'entendre dire qu'il fut censuré par d'autres que les autorités de différents pays capitalistes dans lesquels il a vécu ou publié.

 

Et pourtant, manifestement, ce fut aussi le cas avec des dirigeants de la social-démocratie allemande, Kautsky et Bernstein au premier chef.

 

LE TESTAMENT POLITIQUE D'ENGELS

 

L'objet de la « coupure », est son introduction du 6 mars 1895 aux « Luttes de classes en France - 1848-1850 », de Karl Marx, introduction que certains considèrent un peu comme son « testament » politique.

 

Une note des éditeurs de l'ouvrage en ma possession, en l'occurrence Les Editions sociales en 1968, précise les circonstances :

 

« L'ouvrage universellement connu sous le titre « Les luttes de classes en France » ne devait paraître pour la première fois en brochure et sous ce titre qu'en 1895, bien qu'il ait été rédigé par Marx entre janvier et octobre 1850. Il se compose en majeure partie d'articles qui parurent dans les quatre premiers numéros de la « Neue Rheinische Zeitung », revue économique et politique dont la publication commença à Londres au début de mars 1850.

 

« Après avoir pris une part active à la révolution de 1848 en Allemagne, Marx se réfugia d'abord à Paris en juin-août 1849, puis à Londres. Mais il entendait continuer la lutte à laquelle il venait de participer et il fonda, à cette fin, une revue qui portait le même titre que le journal qu'il avait dirigé à Cologne.

 

LA TACHE LA PLUS URGENTE POUR MARX

 

La note des éditeurs poursuit :

 

« Il apparut à Marx que la tâche la plus urgente était d'exposer et d'expliquer les diverses phases de la révolution de 48 en France, parce que c'est là qu'elle avait pris la tournure la plus caractéristique.

 

« Ce sont, en effet, les événements de notre pays qui ont le mieux traduit le caractère nouveau de la lutte des classes tel qu'il apparaît au milieu du 19ème siècle. C'est pourquoi il composa une série d'articles : « La défaite de juin 1848 », « Conséquences du 13 juin », « Napoléon et Fould », qui constituent les trois premiers chapitres des « Luttes de classes ».

 

« Mais ses études économiques, reprises dès son arrivée à Londres, l'amenèrent bientôt à reconnaître que les perspectives réelles de la révolution étaient tout autres que celles qu'il avait déjà envisagées. »

 

UNE OPINION NOUVELLE

 

Aussi, « dans un tableau des événements européens intitulé « De mai à octobre » et qui parut à la fin de novembre 1850 dans le dernier numéro de la revue, Marx exprime cette opinion nouvelle qui rectifie dans une certaine mesure la teneur de ses articles précédents.

 

« C'est la partie de ce tableau historique concernant les événements français qui constitue le dernier chapitre de l'ouvrage.

 

« Marx n'eut jamais le loisir de reprendre ces textes et c'est Engels qui, en 1895, assura leur publication en brochure en joignant le quatrième article aux trois précédents. Dans une longue introduction (voir ci-dessous1) que nous publions en tête de ce volume, Engels a justifié l'addition à laquelle il avait procédé. Comme il le dit lui-même, « il n'y avait absolument rien à changer à l'interprétation des événements donnée dans les chapitres précédents. »

 

UN TEXTE D'UNE VALEUR EMINENTE

 

« Ainsi présenté, poursuivent les éditeurs, et compte-tenu des explications données par Engels, ce texte garde une valeur éminente. Il est la première grande illustration du matérialisme historique, la première explication des faits historiques par l'analyse du rapport des classes et des faits économiques.

 

« Ces articles de Marx constituent l'exposé le plus riche de l'histoire de notre pays dans les années 48 et 50 et sont, à ce moment déjà, un ouvrage classique.

 

« Mais la méthode de Marx s'illustre ici d'une telle manière que « Les luttes de classes en France » sont une oeuvre pleine d'enseignements, même pour les luttes d'aujourd'hui. »

 

ENGELS EXPOSE LES FAITS

 

Une note (1) précise :

 

« Cette introduction d'Engels parut d'abord dans le Vorwaerts, organe de la social-démocratie allemande.

 

« Elle reprenait, en effet, le problème général de la lutte du prolétariat dans le cadre des circonstances nouvelles de la fin du 19ème siècle, et, comme elle s'appuyait en grande partie sur l'expérience allemande, elle était d'une actualité directe pour les lecteurs du Vorwaerts.

 

« Toutefois, à sa grande surprise, Engels vit paraître dans le journal une version tronquée de son texte.

 

« Indigné de la liberté qu'on avait prise, il écrivit à Kautsky le 1er avril 1895 :

 

« A mon étonnement, je vois aujourd'hui dans le Vorwaerts un extrait de mon introduction reproduit à mon insu et arrangé de telle façon que j'y apparais comme un paisible adorateur de la légalité à tout prix.

 

« Aussi, désirerais-je d'autant plus que l'introduction paraisse sans coupure dans la Neue Zeit (l'organe théorique de la social-démocratie allemande – N.R.), afin que cette impression honteuse soit effacée.

 

« Je dirai très nettement à Liebknecht mon opinion à ce sujet, ainsi qu'à ceux, quels qu'ils soient, qui lui ont donné cette occasion de dénaturer mon opinion. »

 

MAIS TOUJOURS PAS LE TEXTE INTEGRAL

 

Malheureusement, la Neue Zeit, tout en donnant un texte plus complet, ne publia pas le texte intégral de l'introduction.

 

Et l'édition des « Luttes de classes » de 1895 non plus.

 

En réalité, les social-démocrates allemands, notamment Bernstein et Kautsky, avaient pratiqué des coupures qui prenaient un sens tout particulier.

 

Engels, tenant compte des menaces de la loi d'exception qui pesaient alors sur le socialisme en Allemagne, avait subtilement distingué entre tactique du prolétariat en général et celle qui était recommandée au prolétariat allemand à cette époque.

 

Il dit dans une lettre à Lafargue du 3 avril 1895 : « W...(Il vise probablement le rédacteur en chef du Vorwaerts, W.Liebknecht) vient de me jouer un joli tour. Il a pris mon introduction aux articles de Marx sur la France de 1848-1850 tout ce qui a pu lui servir pour soutenir la tactique à tout prix paisible et anti-violente qu'il lui plaît de prêcher depuis quelque temps, surtout en ce moment où on prépare des lois coercitives à Berlin. Mais cette tactique, je ne la prêche que pour l'Allemagne d'aujourd'hui et encore sous bonne réserve. Pour la France, la Belgique, l'Italie, l'Autriche, cette tactique ne saurait être suivie dans son ensemble, et pour l'Allemagne, elle pourra devenir inapplicable demain. »(Correspondance Engels-Lafargue – Editions sociales 1956-1959, tome III, p.404).

 

KAUTSKY ET BERSTEIN ACCREDITAIENT LEUR THESE

 

En coupant certains passages, Kautsky et Bernstein accréditaient leur propre thèse et ils essayèrent même, en faisant passer le texte tronqué de l'Introduction de Engels pour une sorte de testament politique, de la couvrir de l'autorité du grand disparu.

 

C'est là une manifestation bien caractéristique de la déformation opportuniste qu'ils introduisaient dans le marxisme et qui devait conduire la social-démocratie allemande à ses tragiques démissions de 1914 et de 1917 et à son impuissance totale en 1933.

 

En conclusion, la note des éditeurs indique « qu'il a fallu attendre que le Parti bolchevik, héritier fidèle et continuateur de la pensée de Marx et Engels, ait pris le pouvoir pour que paraisse enfin en URSS le texte intégral d'Engels. »

 

OU L'ON RETROUVE RIAZANOV !

 

En fait, si l'on en croit Robert Camoin – qui édite la revue « Présence marxiste » - ce n'est pas le Parti bolchevik qui, en quelque sorte anonymement, publia l'introduction d'Engels, mais bien David Riazanov, dont nous avons fait la connaissance récemment et qui est devenu responsable de l'Institut Marx-Engels. (2)

 

« On lui doit aussi, dit Robert Camoin, la publication d'un document politique fondamental : la version complète de l'Introduction d'Engels aux « Luttes de classes en France » de Marx.

 

« Cette introduction, poursuit-il, est le dernier texte publié par Engels avant sa mort, et il fut longtemps considéré comme son testament politique par la social-démocratie parce qu'il paraissait abandonner toute perspective de prise du pouvoir par la violence.

 

« Or Riazanov établit que ce texte d'Engels, qui avait déjà été par lui grandement atténué à la demande des dirigeants socialistes allemands en raison d'un risque de promulgation de nouvelles lois antisocialistes, avait été complètement trafiqué par les mêmes pour en faire une défense de la légalité à la grande fureur d'Engels. »

 

MEME ROSA LUXEMBURG A ETE TROMPEE !

 

« Jusqu'à ce que Riazanov, poursuit Camoin, publie en 1926 la version complète, les réformistes, Bernstein qui détenait le manuscrit complet en tête, ne cessaient pas de vanter le soi-disant changement d'orientation d'Engels, présentant celui-ci comme le premier à avoir révisé les positions de Marx !

 

« Il était politiquement de première importance, montre Camoin, de faire tomber cette caution que semblait donner Engels lui-même au reniement de la révolution par le réformisme et qui faisait dire à Rosa Luxemburg, parlant de ce texte au congrès du Parti communiste d'Allemagne : « Je ne veux pas dire qu'Engels à cause de cet écrit s'est rendu complice de tout le cours de l'évolution ultérieure en Allemagne, je dis simplement : c'est là un document rédigé de manière classique pour la conception qui était vivante dans la social-démocratie allemande, ou plutôt qui l'a tué. »

 

POURTANT ENGELS N'A RIEN ABANDONNE !

 

« Le texte non censuré, revient Camoin, publié par Riazanov démontre qu'Engels en réalité n'avait en rien abandonné la perspective révolutionnaire et insurrectionnelle.

 

« Par exemple à propos des barricades, Engels écrivait que les conditions de leur succés dans les révolutions avaient disparu. Mais dans le passage suivant supprimé par les dirigeants sociaux-démocrates, il disait : « Cela signifie-t-il qu'à l'avenir le combat de rue ne jouera plus aucun rôle ? Pas du tout (…) A l'avenir (…) l'entreprendra-t-on plus rarement au début d'une grande révolution qu'au cours du développement de celle-ci, et il faudra le soutenir avec des forces plus grandes. Mais alors celles-ci, comme dans toute grande révolution française, le 4 septembre et le 31 octobre 1870 à Paris, préféreront sans doute l'attaque ouverte à la tactique passive de la barricade. »

 

« Riazanov s'exclame qu'il s'agit d'une « véritable prophétie de l'expérience de la révolution d'octobre. »

 

LA DOUBLE EPREUVE DE MARX

 

A ce point, nous pouvons donc en venir à l'Introduction d'Engels elle-même. Bien évidemment, il ne peut être question ici de la publier dans son intégralité, nos lecteurs pourront la retrouver facilement.

 

Nous nous contenterons de brefs extraits de la première partie où Engels souligne le risque d'erreur auquel Marx était exposé lorsqu'il écrivait à propos des événements sans avoir le recul nécessaire et la façon dont Marx avait subi brillamment la double épreuve qu'il s'était imposée par la suite.

 

« La première épreuve, dit-il, eut lieu lorsque Marx, à partir du printemps de 1850, retrouva le loisir de se livrer à des études économiques...Il tira une vue tout à fait claire...à savoir que la crise mondiale de 1847 avait été la véritable mère des révolutions de Février et de Mars (1848) et que la prospérité industrielle, revenue peu à peu dès le milieu de 1848 et parvenue à son apogée en 1849 et 1850, fut la force vivifiante où la réaction européenne puisa une nouvelle vigueur. »

 

CRISE ET REVOLUTION

 

« Ce fut une épreuve décisive, dit Engels. Tandis que dans les trois premiers articles (parus dans les fascicules de janvier, février et mars de la Neue Rheinische Zeitung, revue d'économie politique, Hambourg, 1850) passe encore l'espoir d'un nouvel essor prochain de l'énergie révolutionnaire, le tableau historique du dernier fascicule double (de mai à octobre) paru en automne 1850 et qui fut composé par Marx et par moi, rompt une fois pour toutes avec ces illusions : « Une nouvelle révolution n'est possible qu'à la suite d'une nouvelle crise. Mais elle est aussi sûre que celle-ci... »

 

« La deuxième épreuve fut plus dure encore. Immédiatement après le coup d'Etat de Louis Bonaparte du 2 décembre 1851, Marx travailla de nouveau à l'histoire de France de février 1848 jusqu'à cet événement qui marquait provisoirement la fin de la période révolutionnaire (le 18 Brumaire de Louis Bonaparte). Dans cette brochure, la période qu'il expose dans notre ouvrage est traitée à nouveau quoique de façon plus brève... »

 

LA SUPPRESSION DU TRAVAIL SALARIE ET DU CAPITAL

 

« Ce qui donne à notre ouvrage, poursuit Engels, une importance toute particulière, c'est le fait qu'il prononce pour la première fois sous sa forme condensée la formule par laquelle, à l'unanimité, les partis ouvriers de tous les pays du monde réclament la réorganisation de l'économie : l'appropriation des moyens de production par la société.

 

« Dans le deuxième chapitre, à propos du « droit au travail » qui est caractérisé comme « la première formule maladroite dans laquelle se résument les prétentions révolutionnaires du prolétariat », on peut lire :

 

« Mais derrière le droit au travail il y a le pouvoir sur le capital, derrière le pouvoir sur le capital, l'appropriation des moyens de production, leur subordination à la classe ouvrière associée, c'est-à-dire la suppression du travail salarié ainsi que du capital et de leurs rapports réciproques. »

 

« Donc, dit Engels, pour la première fois se trouve formulée ici la thèse par laquelle le socialisme ouvrier moderne se distingue nettement aussi bien de toutes les diverses nuances du socialisme, féodal, bourgeois, petit-bourgeois, etc...que de la confuse communauté des biens du socialisme utopique et du communisme ouvrier primitif... »

 

Note2 : voir mon article : « Je voudrais vous raconter leur histoire. »

 

 

Par BARRICADE21
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Mercredi 12 octobre 2011 3 12 /10 /Oct /2011 02:45

Michel Peyret

11 octobre 2011

 

 

 

QUAND KAUTSKY ET BERSTEIN CENSURAIENT ENGELS

 

 

 

Engels, on le sait, a produit, entre autres, nombre d'introductions, notamment à des textes de Marx, ou à des textes qui leur étaient communs.

 

Mais il est rare d'entendre dire qu'il fut censuré par d'autres que les autorités de différents pays capitalistes dans lesquels il a vécu ou publié.

 

Et pourtant, manifestement, ce fut aussi le cas avec des dirigeants de la social-démocratie allemande, Kautsky et Bernstein au premier chef.

 

LE TESTAMENT POLITIQUE D'ENGELS

 

L'objet de la « coupure », est son introduction du 6 mars 1895 aux « Luttes de classes en France - 1848-1850 », de Karl Marx, introduction que certains considèrent un peu comme son « testament » politique.

 

Une note des éditeurs de l'ouvrage en ma possession, en l'occurrence Les Editions sociales en 1968, précise les circonstances :

 

« L'ouvrage universellement connu sous le titre « Les luttes de classes en France » ne devait paraître pour la première fois en brochure et sous ce titre qu'en 1895, bien qu'il ait été rédigé par Marx entre janvier et octobre 1850. Il se compose en majeure partie d'articles qui parurent dans les quatre premiers numéros de la « Neue Rheinische Zeitung », revue économique et politique dont la publication commença à Londres au début de mars 1850.

 

« Après avoir pris une part active à la révolution de 1848 en Allemagne, Marx se réfugia d'abord à Paris en juin-août 1849, puis à Londres. Mais il entendait continuer la lutte à laquelle il venait de participer et il fonda, à cette fin, une revue qui portait le même titre que le journal qu'il avait dirigé à Cologne.

 

LA TACHE LA PLUS URGENTE POUR MARX

 

La note des éditeurs poursuit :

 

« Il apparut à Marx que la tâche la plus urgente était d'exposer et d'expliquer les diverses phases de la révolution de 48 en France, parce que c'est là qu'elle avait pris la tournure la plus caractéristique.

 

« Ce sont, en effet, les événements de notre pays qui ont le mieux traduit le caractère nouveau de la lutte des classes tel qu'il apparaît au milieu du 19ème siècle. C'est pourquoi il composa une série d'articles : « La défaite de juin 1848 », « Conséquences du 13 juin », « Napoléon et Fould », qui constituent les trois premiers chapitres des « Luttes de classes ».

 

« Mais ses études économiques, reprises dès son arrivée à Londres, l'amenèrent bientôt à reconnaître que les perspectives réelles de la révolution étaient tout autres que celles qu'il avait déjà envisagées. »

 

UNE OPINION NOUVELLE

 

Aussi, « dans un tableau des événements européens intitulé « De mai à octobre » et qui parut à la fin de novembre 1850 dans le dernier numéro de la revue, Marx exprime cette opinion nouvelle qui rectifie dans une certaine mesure la teneur de ses articles précédents.

 

« C'est la partie de ce tableau historique concernant les événements français qui constitue le dernier chapitre de l'ouvrage.

 

« Marx n'eut jamais le loisir de reprendre ces textes et c'est Engels qui, en 1895, assura leur publication en brochure en joignant le quatrième article aux trois précédents. Dans une longue introduction (voir ci-dessous1) que nous publions en tête de ce volume, Engels a justifié l'addition à laquelle il avait procédé. Comme il le dit lui-même, « il n'y avait absolument rien à changer à l'interprétation des événements donnée dans les chapitres précédents. »

 

UN TEXTE D'UNE VALEUR EMINENTE

 

« Ainsi présenté, poursuivent les éditeurs, et compte-tenu des explications données par Engels, ce texte garde une valeur éminente. Il est la première grande illustration du matérialisme historique, la première explication des faits historiques par l'analyse du rapport des classes et des faits économiques.

 

« Ces articles de Marx constituent l'exposé le plus riche de l'histoire de notre pays dans les années 48 et 50 et sont, à ce moment déjà, un ouvrage classique.

 

« Mais la méthode de Marx s'illustre ici d'une telle manière que « Les luttes de classes en France » sont une oeuvre pleine d'enseignements, même pour les luttes d'aujourd'hui. »

 

ENGELS EXPOSE LES FAITS

 

Une note (1) précise :

 

« Cette introduction d'Engels parut d'abord dans le Vorwaerts, organe de la social-démocratie allemande.

 

« Elle reprenait, en effet, le problème général de la lutte du prolétariat dans le cadre des circonstances nouvelles de la fin du 19ème siècle, et, comme elle s'appuyait en grande partie sur l'expérience allemande, elle était d'une actualité directe pour les lecteurs du Vorwaerts.

 

« Toutefois, à sa grande surprise, Engels vit paraître dans le journal une version tronquée de son texte.

 

« Indigné de la liberté qu'on avait prise, il écrivit à Kautsky le 1er avril 1895 :

 

« A mon étonnement, je vois aujourd'hui dans le Vorwaerts un extrait de mon introduction reproduit à mon insu et arrangé de telle façon que j'y apparais comme un paisible adorateur de la légalité à tout prix.

 

« Aussi, désirerais-je d'autant plus que l'introduction paraisse sans coupure dans la Neue Zeit (l'organe théorique de la social-démocratie allemande – N.R.), afin que cette impression honteuse soit effacée.

 

« Je dirai très nettement à Liebknecht mon opinion à ce sujet, ainsi qu'à ceux, quels qu'ils soient, qui lui ont donné cette occasion de dénaturer mon opinion. »

 

MAIS TOUJOURS PAS LE TEXTE INTEGRAL

 

Malheureusement, la Neue Zeit, tout en donnant un texte plus complet, ne publia pas le texte intégral de l'introduction.

 

Et l'édition des « Luttes de classes » de 1895 non plus.

 

En réalité, les social-démocrates allemands, notamment Bernstein et Kautsky, avaient pratiqué des coupures qui prenaient un sens tout particulier.

 

Engels, tenant compte des menaces de la loi d'exception qui pesaient alors sur le socialisme en Allemagne, avait subtilement distingué entre tactique du prolétariat en général et celle qui était recommandée au prolétariat allemand à cette époque.

 

Il dit dans une lettre à Lafargue du 3 avril 1895 : « W...(Il vise probablement le rédacteur en chef du Vorwaerts, W.Liebknecht) vient de me jouer un joli tour. Il a pris mon introduction aux articles de Marx sur la France de 1848-1850 tout ce qui a pu lui servir pour soutenir la tactique à tout prix paisible et anti-violente qu'il lui plaît de prêcher depuis quelque temps, surtout en ce moment où on prépare des lois coercitives à Berlin. Mais cette tactique, je ne la prêche que pour l'Allemagne d'aujourd'hui et encore sous bonne réserve. Pour la France, la Belgique, l'Italie, l'Autriche, cette tactique ne saurait être suivie dans son ensemble, et pour l'Allemagne, elle pourra devenir inapplicable demain. »(Correspondance Engels-Lafargue – Editions sociales 1956-1959, tome III, p.404).

 

KAUTSKY ET BERSTEIN ACCREDITAIENT LEUR THESE

 

En coupant certains passages, Kautsky et Bernstein accréditaient leur propre thèse et ils essayèrent même, en faisant passer le texte tronqué de l'Introduction de Engels pour une sorte de testament politique, de la couvrir de l'autorité du grand disparu.

 

C'est là une manifestation bien caractéristique de la déformation opportuniste qu'ils introduisaient dans le marxisme et qui devait conduire la social-démocratie allemande à ses tragiques démissions de 1914 et de 1917 et à son impuissance totale en 1933.

 

En conclusion, la note des éditeurs indique « qu'il a fallu attendre que le Parti bolchevik, héritier fidèle et continuateur de la pensée de Marx et Engels, ait pris le pouvoir pour que paraisse enfin en URSS le texte intégral d'Engels. »

 

OU L'ON RETROUVE RIAZANOV !

 

En fait, si l'on en croit Robert Camoin – qui édite la revue « Présence marxiste » - ce n'est pas le Parti bolchevik qui, en quelque sorte anonymement, publia l'introduction d'Engels, mais bien David Riazanov, dont nous avons fait la connaissance récemment et qui est devenu responsable de l'Institut Marx-Engels. (2)

 

« On lui doit aussi, dit Robert Camoin, la publication d'un document politique fondamental : la version complète de l'Introduction d'Engels aux « Luttes de classes en France » de Marx.

 

« Cette introduction, poursuit-il, est le dernier texte publié par Engels avant sa mort, et il fut longtemps considéré comme son testament politique par la social-démocratie parce qu'il paraissait abandonner toute perspective de prise du pouvoir par la violence.

 

« Or Riazanov établit que ce texte d'Engels, qui avait déjà été par lui grandement atténué à la demande des dirigeants socialistes allemands en raison d'un risque de promulgation de nouvelles lois antisocialistes, avait été complètement trafiqué par les mêmes pour en faire une défense de la légalité à la grande fureur d'Engels. »

 

MEME ROSA LUXEMBURG A ETE TROMPEE !

 

« Jusqu'à ce que Riazanov, poursuit Camoin, publie en 1926 la version complète, les réformistes, Bernstein qui détenait le manuscrit complet en tête, ne cessaient pas de vanter le soi-disant changement d'orientation d'Engels, présentant celui-ci comme le premier à avoir révisé les positions de Marx !

 

« Il était politiquement de première importance, montre Camoin, de faire tomber cette caution que semblait donner Engels lui-même au reniement de la révolution par le réformisme et qui faisait dire à Rosa Luxemburg, parlant de ce texte au congrès du Parti communiste d'Allemagne : « Je ne veux pas dire qu'Engels à cause de cet écrit s'est rendu complice de tout le cours de l'évolution ultérieure en Allemagne, je dis simplement : c'est là un document rédigé de manière classique pour la conception qui était vivante dans la social-démocratie allemande, ou plutôt qui l'a tué. »

 

POURTANT ENGELS N'A RIEN ABANDONNE !

 

« Le texte non censuré, revient Camoin, publié par Riazanov démontre qu'Engels en réalité n'avait en rien abandonné la perspective révolutionnaire et insurrectionnelle.

 

« Par exemple à propos des barricades, Engels écrivait que les conditions de leur succés dans les révolutions avaient disparu. Mais dans le passage suivant supprimé par les dirigeants sociaux-démocrates, il disait : « Cela signifie-t-il qu'à l'avenir le combat de rue ne jouera plus aucun rôle ? Pas du tout (…) A l'avenir (…) l'entreprendra-t-on plus rarement au début d'une grande révolution qu'au cours du développement de celle-ci, et il faudra le soutenir avec des forces plus grandes. Mais alors celles-ci, comme dans toute grande révolution française, le 4 septembre et le 31 octobre 1870 à Paris, préféreront sans doute l'attaque ouverte à la tactique passive de la barricade. »

 

« Riazanov s'exclame qu'il s'agit d'une « véritable prophétie de l'expérience de la révolution d'octobre. »

 

LA DOUBLE EPREUVE DE MARX

 

A ce point, nous pouvons donc en venir à l'Introduction d'Engels elle-même. Bien évidemment, il ne peut être question ici de la publier dans son intégralité, nos lecteurs pourront la retrouver facilement.

 

Nous nous contenterons de brefs extraits de la première partie où Engels souligne le risque d'erreur auquel Marx était exposé lorsqu'il écrivait à propos des événements sans avoir le recul nécessaire et la façon dont Marx avait subi brillamment la double épreuve qu'il s'était imposée par la suite.

 

« La première épreuve, dit-il, eut lieu lorsque Marx, à partir du printemps de 1850, retrouva le loisir de se livrer à des études économiques...Il tira une vue tout à fait claire...à savoir que la crise mondiale de 1847 avait été la véritable mère des révolutions de Février et de Mars (1848) et que la prospérité industrielle, revenue peu à peu dès le milieu de 1848 et parvenue à son apogée en 1849 et 1850, fut la force vivifiante où la réaction européenne puisa une nouvelle vigueur. »

 

CRISE ET REVOLUTION

 

« Ce fut une épreuve décisive, dit Engels. Tandis que dans les trois premiers articles (parus dans les fascicules de janvier, février et mars de la Neue Rheinische Zeitung, revue d'économie politique, Hambourg, 1850) passe encore l'espoir d'un nouvel essor prochain de l'énergie révolutionnaire, le tableau historique du dernier fascicule double (de mai à octobre) paru en automne 1850 et qui fut composé par Marx et par moi, rompt une fois pour toutes avec ces illusions : « Une nouvelle révolution n'est possible qu'à la suite d'une nouvelle crise. Mais elle est aussi sûre que celle-ci... »

 

« La deuxième épreuve fut plus dure encore. Immédiatement après le coup d'Etat de Louis Bonaparte du 2 décembre 1851, Marx travailla de nouveau à l'histoire de France de février 1848 jusqu'à cet événement qui marquait provisoirement la fin de la période révolutionnaire (le 18 Brumaire de Louis Bonaparte). Dans cette brochure, la période qu'il expose dans notre ouvrage est traitée à nouveau quoique de façon plus brève... »

 

LA SUPPRESSION DU TRAVAIL SALARIE ET DU CAPITAL

 

« Ce qui donne à notre ouvrage, poursuit Engels, une importance toute particulière, c'est le fait qu'il prononce pour la première fois sous sa forme condensée la formule par laquelle, à l'unanimité, les partis ouvriers de tous les pays du monde réclament la réorganisation de l'économie : l'appropriation des moyens de production par la société.

 

« Dans le deuxième chapitre, à propos du « droit au travail » qui est caractérisé comme « la première formule maladroite dans laquelle se résument les prétentions révolutionnaires du prolétariat », on peut lire :

 

« Mais derrière le droit au travail il y a le pouvoir sur le capital, derrière le pouvoir sur le capital, l'appropriation des moyens de production, leur subordination à la classe ouvrière associée, c'est-à-dire la suppression du travail salarié ainsi que du capital et de leurs rapports réciproques. »

 

« Donc, dit Engels, pour la première fois se trouve formulée ici la thèse par laquelle le socialisme ouvrier moderne se distingue nettement aussi bien de toutes les diverses nuances du socialisme, féodal, bourgeois, petit-bourgeois, etc...que de la confuse communauté des biens du socialisme utopique et du communisme ouvrier primitif... »

 

Note2 : voir mon article : « Je voudrais vous raconter leur histoire. »

 

 

Par BARRICADE21
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Mercredi 12 octobre 2011 3 12 /10 /Oct /2011 02:45

Michel Peyret

11 octobre 2011

 

 

 

QUAND KAUTSKY ET BERSTEIN CENSURAIENT ENGELS

 

 

 

Engels, on le sait, a produit, entre autres, nombre d'introductions, notamment à des textes de Marx, ou à des textes qui leur étaient communs.

 

Mais il est rare d'entendre dire qu'il fut censuré par d'autres que les autorités de différents pays capitalistes dans lesquels il a vécu ou publié.

 

Et pourtant, manifestement, ce fut aussi le cas avec des dirigeants de la social-démocratie allemande, Kautsky et Bernstein au premier chef.

 

LE TESTAMENT POLITIQUE D'ENGELS

 

L'objet de la « coupure », est son introduction du 6 mars 1895 aux « Luttes de classes en France - 1848-1850 », de Karl Marx, introduction que certains considèrent un peu comme son « testament » politique.

 

Une note des éditeurs de l'ouvrage en ma possession, en l'occurrence Les Editions sociales en 1968, précise les circonstances :

 

« L'ouvrage universellement connu sous le titre « Les luttes de classes en France » ne devait paraître pour la première fois en brochure et sous ce titre qu'en 1895, bien qu'il ait été rédigé par Marx entre janvier et octobre 1850. Il se compose en majeure partie d'articles qui parurent dans les quatre premiers numéros de la « Neue Rheinische Zeitung », revue économique et politique dont la publication commença à Londres au début de mars 1850.

 

« Après avoir pris une part active à la révolution de 1848 en Allemagne, Marx se réfugia d'abord à Paris en juin-août 1849, puis à Londres. Mais il entendait continuer la lutte à laquelle il venait de participer et il fonda, à cette fin, une revue qui portait le même titre que le journal qu'il avait dirigé à Cologne.

 

LA TACHE LA PLUS URGENTE POUR MARX

 

La note des éditeurs poursuit :

 

« Il apparut à Marx que la tâche la plus urgente était d'exposer et d'expliquer les diverses phases de la révolution de 48 en France, parce que c'est là qu'elle avait pris la tournure la plus caractéristique.

 

« Ce sont, en effet, les événements de notre pays qui ont le mieux traduit le caractère nouveau de la lutte des classes tel qu'il apparaît au milieu du 19ème siècle. C'est pourquoi il composa une série d'articles : « La défaite de juin 1848 », « Conséquences du 13 juin », « Napoléon et Fould », qui constituent les trois premiers chapitres des « Luttes de classes ».

 

« Mais ses études économiques, reprises dès son arrivée à Londres, l'amenèrent bientôt à reconnaître que les perspectives réelles de la révolution étaient tout autres que celles qu'il avait déjà envisagées. »

 

UNE OPINION NOUVELLE

 

Aussi, « dans un tableau des événements européens intitulé « De mai à octobre » et qui parut à la fin de novembre 1850 dans le dernier numéro de la revue, Marx exprime cette opinion nouvelle qui rectifie dans une certaine mesure la teneur de ses articles précédents.

 

« C'est la partie de ce tableau historique concernant les événements français qui constitue le dernier chapitre de l'ouvrage.

 

« Marx n'eut jamais le loisir de reprendre ces textes et c'est Engels qui, en 1895, assura leur publication en brochure en joignant le quatrième article aux trois précédents. Dans une longue introduction (voir ci-dessous1) que nous publions en tête de ce volume, Engels a justifié l'addition à laquelle il avait procédé. Comme il le dit lui-même, « il n'y avait absolument rien à changer à l'interprétation des événements donnée dans les chapitres précédents. »

 

UN TEXTE D'UNE VALEUR EMINENTE

 

« Ainsi présenté, poursuivent les éditeurs, et compte-tenu des explications données par Engels, ce texte garde une valeur éminente. Il est la première grande illustration du matérialisme historique, la première explication des faits historiques par l'analyse du rapport des classes et des faits économiques.

 

« Ces articles de Marx constituent l'exposé le plus riche de l'histoire de notre pays dans les années 48 et 50 et sont, à ce moment déjà, un ouvrage classique.

 

« Mais la méthode de Marx s'illustre ici d'une telle manière que « Les luttes de classes en France » sont une oeuvre pleine d'enseignements, même pour les luttes d'aujourd'hui. »

 

ENGELS EXPOSE LES FAITS

 

Une note (1) précise :

 

« Cette introduction d'Engels parut d'abord dans le Vorwaerts, organe de la social-démocratie allemande.

 

« Elle reprenait, en effet, le problème général de la lutte du prolétariat dans le cadre des circonstances nouvelles de la fin du 19ème siècle, et, comme elle s'appuyait en grande partie sur l'expérience allemande, elle était d'une actualité directe pour les lecteurs du Vorwaerts.

 

« Toutefois, à sa grande surprise, Engels vit paraître dans le journal une version tronquée de son texte.

 

« Indigné de la liberté qu'on avait prise, il écrivit à Kautsky le 1er avril 1895 :

 

« A mon étonnement, je vois aujourd'hui dans le Vorwaerts un extrait de mon introduction reproduit à mon insu et arrangé de telle façon que j'y apparais comme un paisible adorateur de la légalité à tout prix.

 

« Aussi, désirerais-je d'autant plus que l'introduction paraisse sans coupure dans la Neue Zeit (l'organe théorique de la social-démocratie allemande – N.R.), afin que cette impression honteuse soit effacée.

 

« Je dirai très nettement à Liebknecht mon opinion à ce sujet, ainsi qu'à ceux, quels qu'ils soient, qui lui ont donné cette occasion de dénaturer mon opinion. »

 

MAIS TOUJOURS PAS LE TEXTE INTEGRAL

 

Malheureusement, la Neue Zeit, tout en donnant un texte plus complet, ne publia pas le texte intégral de l'introduction.

 

Et l'édition des « Luttes de classes » de 1895 non plus.

 

En réalité, les social-démocrates allemands, notamment Bernstein et Kautsky, avaient pratiqué des coupures qui prenaient un sens tout particulier.

 

Engels, tenant compte des menaces de la loi d'exception qui pesaient alors sur le socialisme en Allemagne, avait subtilement distingué entre tactique du prolétariat en général et celle qui était recommandée au prolétariat allemand à cette époque.

 

Il dit dans une lettre à Lafargue du 3 avril 1895 : « W...(Il vise probablement le rédacteur en chef du Vorwaerts, W.Liebknecht) vient de me jouer un joli tour. Il a pris mon introduction aux articles de Marx sur la France de 1848-1850 tout ce qui a pu lui servir pour soutenir la tactique à tout prix paisible et anti-violente qu'il lui plaît de prêcher depuis quelque temps, surtout en ce moment où on prépare des lois coercitives à Berlin. Mais cette tactique, je ne la prêche que pour l'Allemagne d'aujourd'hui et encore sous bonne réserve. Pour la France, la Belgique, l'Italie, l'Autriche, cette tactique ne saurait être suivie dans son ensemble, et pour l'Allemagne, elle pourra devenir inapplicable demain. »(Correspondance Engels-Lafargue – Editions sociales 1956-1959, tome III, p.404).

 

KAUTSKY ET BERSTEIN ACCREDITAIENT LEUR THESE

 

En coupant certains passages, Kautsky et Bernstein accréditaient leur propre thèse et ils essayèrent même, en faisant passer le texte tronqué de l'Introduction de Engels pour une sorte de testament politique, de la couvrir de l'autorité du grand disparu.

 

C'est là une manifestation bien caractéristique de la déformation opportuniste qu'ils introduisaient dans le marxisme et qui devait conduire la social-démocratie allemande à ses tragiques démissions de 1914 et de 1917 et à son impuissance totale en 1933.

 

En conclusion, la note des éditeurs indique « qu'il a fallu attendre que le Parti bolchevik, héritier fidèle et continuateur de la pensée de Marx et Engels, ait pris le pouvoir pour que paraisse enfin en URSS le texte intégral d'Engels. »

 

OU L'ON RETROUVE RIAZANOV !

 

En fait, si l'on en croit Robert Camoin – qui édite la revue « Présence marxiste » - ce n'est pas le Parti bolchevik qui, en quelque sorte anonymement, publia l'introduction d'Engels, mais bien David Riazanov, dont nous avons fait la connaissance récemment et qui est devenu responsable de l'Institut Marx-Engels. (2)

 

« On lui doit aussi, dit Robert Camoin, la publication d'un document politique fondamental : la version complète de l'Introduction d'Engels aux « Luttes de classes en France » de Marx.

 

« Cette introduction, poursuit-il, est le dernier texte publié par Engels avant sa mort, et il fut longtemps considéré comme son testament politique par la social-démocratie parce qu'il paraissait abandonner toute perspective de prise du pouvoir par la violence.

 

« Or Riazanov établit que ce texte d'Engels, qui avait déjà été par lui grandement atténué à la demande des dirigeants socialistes allemands en raison d'un risque de promulgation de nouvelles lois antisocialistes, avait été complètement trafiqué par les mêmes pour en faire une défense de la légalité à la grande fureur d'Engels. »

 

MEME ROSA LUXEMBURG A ETE TROMPEE !

 

« Jusqu'à ce que Riazanov, poursuit Camoin, publie en 1926 la version complète, les réformistes, Bernstein qui détenait le manuscrit complet en tête, ne cessaient pas de vanter le soi-disant changement d'orientation d'Engels, présentant celui-ci comme le premier à avoir révisé les positions de Marx !

 

« Il était politiquement de première importance, montre Camoin, de faire tomber cette caution que semblait donner Engels lui-même au reniement de la révolution par le réformisme et qui faisait dire à Rosa Luxemburg, parlant de ce texte au congrès du Parti communiste d'Allemagne : « Je ne veux pas dire qu'Engels à cause de cet écrit s'est rendu complice de tout le cours de l'évolution ultérieure en Allemagne, je dis simplement : c'est là un document rédigé de manière classique pour la conception qui était vivante dans la social-démocratie allemande, ou plutôt qui l'a tué. »

 

POURTANT ENGELS N'A RIEN ABANDONNE !

 

« Le texte non censuré, revient Camoin, publié par Riazanov démontre qu'Engels en réalité n'avait en rien abandonné la perspective révolutionnaire et insurrectionnelle.

 

« Par exemple à propos des barricades, Engels écrivait que les conditions de leur succés dans les révolutions avaient disparu. Mais dans le passage suivant supprimé par les dirigeants sociaux-démocrates, il disait : « Cela signifie-t-il qu'à l'avenir le combat de rue ne jouera plus aucun rôle ? Pas du tout (…) A l'avenir (…) l'entreprendra-t-on plus rarement au début d'une grande révolution qu'au cours du développement de celle-ci, et il faudra le soutenir avec des forces plus grandes. Mais alors celles-ci, comme dans toute grande révolution française, le 4 septembre et le 31 octobre 1870 à Paris, préféreront sans doute l'attaque ouverte à la tactique passive de la barricade. »

 

« Riazanov s'exclame qu'il s'agit d'une « véritable prophétie de l'expérience de la révolution d'octobre. »

 

LA DOUBLE EPREUVE DE MARX

 

A ce point, nous pouvons donc en venir à l'Introduction d'Engels elle-même. Bien évidemment, il ne peut être question ici de la publier dans son intégralité, nos lecteurs pourront la retrouver facilement.

 

Nous nous contenterons de brefs extraits de la première partie où Engels souligne le risque d'erreur auquel Marx était exposé lorsqu'il écrivait à propos des événements sans avoir le recul nécessaire et la façon dont Marx avait subi brillamment la double épreuve qu'il s'était imposée par la suite.

 

« La première épreuve, dit-il, eut lieu lorsque Marx, à partir du printemps de 1850, retrouva le loisir de se livrer à des études économiques...Il tira une vue tout à fait claire...à savoir que la crise mondiale de 1847 avait été la véritable mère des révolutions de Février et de Mars (1848) et que la prospérité industrielle, revenue peu à peu dès le milieu de 1848 et parvenue à son apogée en 1849 et 1850, fut la force vivifiante où la réaction européenne puisa une nouvelle vigueur. »

 

CRISE ET REVOLUTION

 

« Ce fut une épreuve décisive, dit Engels. Tandis que dans les trois premiers articles (parus dans les fascicules de janvier, février et mars de la Neue Rheinische Zeitung, revue d'économie politique, Hambourg, 1850) passe encore l'espoir d'un nouvel essor prochain de l'énergie révolutionnaire, le tableau historique du dernier fascicule double (de mai à octobre) paru en automne 1850 et qui fut composé par Marx et par moi, rompt une fois pour toutes avec ces illusions : « Une nouvelle révolution n'est possible qu'à la suite d'une nouvelle crise. Mais elle est aussi sûre que celle-ci... »

 

« La deuxième épreuve fut plus dure encore. Immédiatement après le coup d'Etat de Louis Bonaparte du 2 décembre 1851, Marx travailla de nouveau à l'histoire de France de février 1848 jusqu'à cet événement qui marquait provisoirement la fin de la période révolutionnaire (le 18 Brumaire de Louis Bonaparte). Dans cette brochure, la période qu'il expose dans notre ouvrage est traitée à nouveau quoique de façon plus brève... »

 

LA SUPPRESSION DU TRAVAIL SALARIE ET DU CAPITAL

 

« Ce qui donne à notre ouvrage, poursuit Engels, une importance toute particulière, c'est le fait qu'il prononce pour la première fois sous sa forme condensée la formule par laquelle, à l'unanimité, les partis ouvriers de tous les pays du monde réclament la réorganisation de l'économie : l'appropriation des moyens de production par la société.

 

« Dans le deuxième chapitre, à propos du « droit au travail » qui est caractérisé comme « la première formule maladroite dans laquelle se résument les prétentions révolutionnaires du prolétariat », on peut lire :

 

« Mais derrière le droit au travail il y a le pouvoir sur le capital, derrière le pouvoir sur le capital, l'appropriation des moyens de production, leur subordination à la classe ouvrière associée, c'est-à-dire la suppression du travail salarié ainsi que du capital et de leurs rapports réciproques. »

 

« Donc, dit Engels, pour la première fois se trouve formulée ici la thèse par laquelle le socialisme ouvrier moderne se distingue nettement aussi bien de toutes les diverses nuances du socialisme, féodal, bourgeois, petit-bourgeois, etc...que de la confuse communauté des biens du socialisme utopique et du communisme ouvrier primitif... »

 

Note2 : voir mon article : « Je voudrais vous raconter leur histoire. »

 

 

Par BARRICADE21
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